La Passion selon Jean Claude Malhame

-Noun Avril 2007-

 

Coïncidence temporelle et jeu de mots pour découvrir qui se cache derrière ce nom si célèbre dans le monde de l’architecture et de la décoration. Car, plus que d’un amour du métier, Jean-Claude Malhamé nous parle de sa passion profonde, génératrice de rêve et de charme, qu’il partage généreusement grâce à l’esthétique et au savoir-vivre de ses créations d’intérieur. Telle une composition architecturale, sa vie nous apparaît en plan détaillé.

La genèse d’une vie


De mère grecque, de grand-mère paternelle anglaise, d’arrière-grand-mère paternelle française, de père libanais né en Turquie, de grand-père paternel pacha du temps de l’Empire Ottoman, Jean-Claude Malhamé est issu d’une famille libanaise aux ramifications extérieures importantes. Son père, fils de pacha et coutumier d’une vie de palace, a dû s’exiler à l’âge de 14 ans à la mort du sultan Abdulhamid II (1842-1918) et est revenu dans son pays d’origine, le Liban, le reste de sa famille étant disséminé à travers le monde à la même époque: «Les cousines germaines de mon père sont des femmes illustres: la baronne de Fürstenberg en Allemagne, la baronne Van Schubert; la femme de l’oncle de mon père est de la famille Crespin, descendants de Louis XIV… Toutes ces racines de valeur m’ont en quelque sorte marginalisé. Je n’ai jamais senti, là où je vivais, que j’appartenais à cet endroit car mes parents étaient déracinés, et moi aussi, par la même occasion.»
Dans cet esprit d’abandon, de déracinement, son père, très introverti, voulait vivre une vie bien rangée dans la quiétude de ses habitudes quotidiennes, loin du protocole social de son rang. Sa seule ambition était de donner à sa famille la sécurité. C’est pourquoi Jean-Claude Malhamé a vécu une enfance très riche, pleine d’affection, d’attention, de plaisir, cependant très restreinte: «Nous n’étions que mon père, ma mère et mes 3 sœurs… On parlait souvent du passé prestigieux de la famille car nous n’avions pas de présent et quand on n’a pas de présent, on ne peut parler que de son passé.»

               
Une formation polyvalente
Bien que ses parents soient admirables, ils étaient complètement hors du coup et incapables de le guider dans son choix professionnel. Doté d’une très grande maturité d’esprit, JCM, vers l’âge de 15 ans, prend donc le chemin des études littéraires au Liban. Puis, il décide d’entrer à l’école d’architecture à Rome pour parfaire son goût de la création. Il obtient en 1981 avec grande distinction une licence en histoire de l’art, une licence en architecture, et un mastère en scénographie. Pourquoi le littéraire et puis les sciences? «Tout simplement parce que le travail d’un architecte d’intérieur consiste à structurer l’intérieur, à lui donner de belles proportions, une belle circulation, et puis après, à travers le meuble et tout ce qui va se placer dedans, à créer le caractère de l’intérieur. L’architecture est un art à part entière, une source de créativité inépuisable, riche de sensations diverses. Et pour parvenir à l’émerveillement des yeux, il faut que vous ayez un sérieux bagage intellectuel et culturel. La lecture est, par ailleurs, un formidable moyen d’inspiration.»
Au Liban ou en France, on distingue dans les écoles de formation les métiers d’architecte, d’architecte d’intérieur ou de designer. Il n’en est pas de même en Italie. L’architecte et l’architecte d’intérieur sont une seule et même personne. Tous ces métiers ont la même formation de base et les architectes italiens acquièrent des connaissances multiples interactives et ne se spécialisent ultérieurement qu’en fonction de leurs aspirations. «Un architecte, précise JCM, reçoit les rudiments des sciences humaines qui touchent à sa pratique, c’est-à-dire qu’il doit aussi étudier la sociologie, la psychologie, l’ergonomie, le paysagisme, et même la littérature, s’il s’agit de décor de théâtre, afin de répondre non seulement aux exigences d’urbanisme posées par la société contemporaine, mais aussi aux attentes, aux goûts et au budget du client…»

Les muses de sa vie
Durant son enfance, JCM a été entouré principalement de sa mère et de ses trois sœurs aînées. Il a pris le temps d’observer ces 4 femmes de caractère dans toutes leurs manifestations: leurs amours, leurs déceptions, leur aspiration à la vie… «Des femmes quoi, décrète-t-il. Des femmes dans toutes leurs sensibilités, que j’aime beaucoup et qui sont très différentes les unes des autres. Bref, un monde purement féminin qui m’a beaucoup influencé et m’a ouvert de nombreuses perspectives. Les femmes sont mes muses, elles m’inspirent et me permettent par leur amour ou leur haine de créer et d’embellir mes créations. Je suis béni des dieux, car j’étais entouré de femmes pendant mon enfance et je le suis encore grâce à mon épouse et à mes 2 filles âgées de 25 et 15 ans. L’aînée travaille avec moi, elle est aussi architecte d’intérieur. La plupart de mes assistants sont des femmes.»
Outre la gent féminine, il aime avec une candeur d’enfant l’Orient dans tout ce qu’il représente: sa nonchalance, ses pensées, sa philosophie, sa culture, son histoire, sa poésie, son romantisme parfois déchirant. Polyglotte et amoureux des arts et des cultures anciennes, Jean-Claude Malhamé est un vrai humaniste à la timidité émouvante et à la séduction redoutable. Car cet homme au regard de braise jongle avec les mots pour convaincre, pour aimer et se faire aimer, des mots qu’il veut sucrés, perçants, percutants de sensibilité, d’enthousiasme et de passion. Un hédoniste à l’élégance humble et au raffinement constant.

Des débuts gratifiants
Souvent seul à la maison, son imagination travaillait beaucoup pour compenser le manque de relation. Le désir de faire, de sortir, d’admirer, de conquérir, de séduire, de découvrir, se concrétise à son retour de Rome, en 1982.
Un de ses amis l’avait prié de l’aider dans la conception d’un centre balnéaire au nord de Beyrouth. Fraîchement émoulu, il tente sans trop de conviction de s’installer au Liban alors que la guerre faisait rage. De fil en aiguille, ou pour être plus exact, des plans à l’exécution, il donna une âme au projet de ce centre et en quelques mois tous les chalets étaient vendus. Sa volubilité, sa sincérité, ses compétences et son engagement ont tôt fait de lui fournir plus de travail qu’il ne pouvait en abattre. En effet, les clients très satisfaits témoignent leur affection pour ce jeune et dynamique architecte en lui confiant des projets de décoration dans leur villa et résidence secondaire. Petit à petit, il s’entoure d’une équipe d’assistants architectes pour mener à bien les nombreux chantiers au Liban, au Maghreb et dans tout le Moyen-Orient.

«Avec l’amour et le plaisir, on s’épanouit»
Son travail prend alors une expansion progressive. De nos jours, sa réputation est internationale et nombreuses sont les personnes qui n’osent même pas le contacter, intimidées par sa réputation. Or tous les projets d’architecture, aussi petits soient-ils, l’intéressent. Qu’il s’agisse d’un hôtel 5 étoiles en Libye ou d’un petit appartement de 100m2, sa créativité et son sens du devoir n’ont pas de frontières. Jean-Claude Malhamé est un boulimique du travail bien fait, bien structuré: «Lorsque des gens me téléphonent, je suis rassurant et très conciliant. Je les encourage à venir pour qu’ils se fassent une idée précise de mon travail et qu’ils s’imprègnent de mon atmosphère. Par ailleurs, cette rencontre me permet de mieux cerner les clients en les questionnant sur leur profession, leurs attentes, leurs goûts. Ils viennent généralement avec un plan de leur habitation. Je leur propose des aménagements en justifiant le pourquoi de telle ou telle chose. Et surtout, en leur garantissant un montant qui n’excèdera pas le budget requis.»
Sa préoccupation majeure, c’est rendre heureux les gens qu’il rencontre: «Avec la souffrance, on crée, on mûrit, certes, mais avec l’amour et le plaisir, on s’épanouit… J’aime voler avec quelqu’un, qu’il découvre qu’il a des ailes grâce à notre rencontre…» Jean-Claude Malhamé aime la vie et la vie le lui rend bien: il a en ce moment des dizaines de projets en cours partout dans le monde. Et tout ce travail, c’est la reconnaissance des gens qui l’aiment, qui le respectent, l’admirent et lui font confiance.



L’audace créative
L’architecture d’intérieur concerne les espaces à usage privé (maisons, appartements) mais aussi les bâtiments à usage public comme les salles de concert, les bureaux, les banques, les hôtels, les restaurants... Pour se démarquer, le style de JCM se traduit par le choix des matériaux qu’il utilise. Il les aime naturels comme le bois, le cuir, le marbre, la terre, la pierre. Il explique que le propre d’une architecture est son caractère tridimensionnel: elle ne se livre donc que progressivement au regard. Les vues sont partielles et successives. Alors, il favorise la transparence et la fluidité des espaces, il intègre par-ci, par-là quelques éléments de tendance, des nouveautés qui suggèrent l’originalité, qui offrent un regard de surprise, de provocation ou d’admiration. Il crée un dynamisme, des fuyantes, il cherche à disloquer l’espace pour le rendre étonnant tout en prenant soin de son confort et sa fonctionnalité. Son style ennoblit l’espace, le rend très particulier en sublimant le caractère et les goûts des propriétaires des lieux.
S’il découvre chez un client un trait de caractère discret mais qui dévoile des possibilités, il exploite cette voie d’inspiration pour sublimer la personne: «Si une femme est sensuelle, je fais tout pour que sa sensualité soit célébrée…» JCM évolue dans une tradition, une culture qui lui est propre, une créativité qui codifient son style et qui lui donnent tout son caractère.


La clef de sa réussite
«La vie est un projet de mort, déclare JCM. Si le pire est programmé, je n’ai plus peur de rien. Je peux savourer tout ce que la vie m’offre. La fortune n’est pas une question de sous, mais un moyen de vivre et de faire vivre les gens qui me sont chers. J’espère que je vais voler à la vie plein d’instants forts, intenses, sensuels, profonds, où je vais m’éclater avec les gens que j’aime. Je joue avec la vie et j’adore ça.»
L’écriture est l’expression la plus vraie qui l’habite. Il peut écrire sans limites et sans tenir compte du qu’en-dira-t-on ou de la bienséance. Mais avant de faire une autobiographie - un projet prématuré vu son âge -, et aussi par pudeur pour les gens qui y seront cités, il préfère d’abord composer un livre de recueils photographiques des plus beaux projets exécutés.
Pour connaître la clé de sa réussite, laissons à cet incroyable séducteur le mot de la fin: «Je suis une bête de la nature, je suis très visuel, très auditif, très sensitif… mais le regard pour moi est primordial. J’ai un pouvoir extraordinaire d’emmagasinement de l’image. L’image, le mouvement, les courbes, les angles, les postures développent mon imagination et me permettent de broder autour. C’est le réel qui enrichit mon imagination, et mon imagination sublime le réel… Je crois, et je suis même convaincu, que la clé de la réussite réside dans l’authenticité d’une personne. L’authenticité est fondamentale. C’est un état dans lequel on évolue grâce à son niveau de sensibilité, de sensualité, d’intellect et de tout le reste… Qu’il s’agisse d’amour, d’amitié, du travail, il faut être sincère avec soi-même… Et, bien sûr, l’amour et l’affection de mon entourage sont essentiels pour enrichir mes sens. M’informer de tout et de rien, parcourir le monde, rencontrer des gens, des civilisations différentes, lire énormément, consolident mes aptitudes dans ce métier.»

                                                                                           Régine Caufriez


Note de Chouf.net: Je désirais mettre une musique pour ajouter un petit quelque chose à ce que Régine Caufriez vient d'écrire, alors  J'ai pensé à ce thème pour cette page de Ennio Morricone - Le plus vite reconnaissable de tous les westerns de tous les temps. Film western italien sérieux, plein d'humour, avec des images émouvantes...

                                                                                                              -Chouf.net-