Coïncidence temporelle et jeu de mots pour découvrir qui se cache
derrière ce nom si célèbre dans le monde de l’architecture et de la
décoration. Car, plus que d’un amour du métier, Jean-Claude Malhamé
nous parle de sa passion profonde, génératrice de rêve et de charme,
qu’il partage généreusement grâce à l’esthétique et au savoir-vivre
de ses créations d’intérieur. Telle une composition architecturale,
sa vie nous apparaît en plan détaillé.
La genèse d’une vie
De mère grecque, de grand-mère paternelle anglaise,
d’arrière-grand-mère paternelle française, de père libanais né en
Turquie, de grand-père paternel pacha du temps de l’Empire Ottoman,
Jean-Claude Malhamé est issu d’une famille libanaise aux
ramifications extérieures importantes. Son père, fils de pacha et
coutumier d’une vie de palace, a dû s’exiler à l’âge de 14 ans à la
mort du sultan Abdulhamid II (1842-1918) et est revenu dans son pays
d’origine, le Liban, le reste de sa famille étant disséminé à
travers le monde à la même époque: «Les cousines germaines de mon
père sont des femmes illustres: la baronne de Fürstenberg en
Allemagne, la baronne Van Schubert; la femme de l’oncle de mon père
est de la famille Crespin, descendants de Louis XIV… Toutes ces
racines de valeur m’ont en quelque sorte marginalisé. Je n’ai jamais
senti, là où je vivais, que j’appartenais à cet endroit car mes
parents étaient déracinés, et moi aussi, par la même occasion.»
Dans cet esprit d’abandon, de déracinement, son père, très
introverti, voulait vivre une vie bien rangée dans la quiétude de
ses habitudes quotidiennes, loin du protocole social de son rang. Sa
seule ambition était de donner à sa famille la sécurité. C’est
pourquoi Jean-Claude Malhamé a vécu une enfance très riche, pleine
d’affection, d’attention, de plaisir, cependant très restreinte: «Nous
n’étions que mon père, ma mère et mes 3 sœurs… On parlait souvent du
passé prestigieux de la famille car nous n’avions pas de présent et
quand on n’a pas de présent, on ne peut parler que de son passé.»

Une formation polyvalente
Bien que ses parents soient admirables, ils étaient complètement
hors du coup et incapables de le guider dans son choix professionnel.
Doté d’une très grande maturité d’esprit, JCM, vers l’âge de 15 ans,
prend donc le chemin des études littéraires au Liban. Puis, il
décide d’entrer à l’école d’architecture à Rome pour parfaire son
goût de la création. Il obtient en 1981 avec grande distinction une
licence en histoire de l’art, une licence en architecture, et un
mastère en scénographie. Pourquoi le littéraire et puis les
sciences? «Tout simplement parce que le travail d’un architecte
d’intérieur consiste à structurer l’intérieur, à lui donner de
belles proportions, une belle circulation, et puis après, à travers
le meuble et tout ce qui va se placer dedans, à créer le caractère
de l’intérieur. L’architecture est un art à part entière, une source
de créativité inépuisable, riche de sensations diverses. Et pour
parvenir à l’émerveillement des yeux, il faut que vous ayez un
sérieux bagage intellectuel et culturel. La lecture est, par
ailleurs, un formidable moyen d’inspiration.»
Au Liban ou en France, on distingue dans les écoles de formation les
métiers d’architecte, d’architecte d’intérieur ou de designer. Il
n’en est pas de même en Italie. L’architecte et l’architecte
d’intérieur sont une seule et même personne. Tous ces métiers ont la
même formation de base et les architectes italiens acquièrent des
connaissances multiples interactives et ne se spécialisent
ultérieurement qu’en fonction de leurs aspirations. «Un architecte,
précise JCM, reçoit les rudiments des sciences humaines qui touchent
à sa pratique, c’est-à-dire qu’il doit aussi étudier la sociologie,
la psychologie, l’ergonomie, le paysagisme, et même la littérature,
s’il s’agit de décor de théâtre, afin de répondre non seulement aux
exigences d’urbanisme posées par la société contemporaine, mais
aussi aux attentes, aux goûts et au budget du client…»
Les muses de sa vie
Durant son enfance, JCM a été entouré principalement de sa mère
et de ses trois sœurs aînées. Il a pris le temps d’observer ces 4
femmes de caractère dans toutes leurs manifestations: leurs amours,
leurs déceptions, leur aspiration à la vie… «Des femmes quoi,
décrète-t-il. Des femmes dans toutes leurs sensibilités, que j’aime
beaucoup et qui sont très différentes les unes des autres. Bref, un
monde purement féminin qui m’a beaucoup influencé et m’a ouvert de
nombreuses perspectives. Les femmes sont mes muses, elles
m’inspirent et me permettent par leur amour ou leur haine de créer
et d’embellir mes créations. Je suis béni des dieux, car j’étais
entouré de femmes pendant mon enfance et je le suis encore grâce à
mon épouse et à mes 2 filles âgées de 25 et 15 ans. L’aînée
travaille avec moi, elle est aussi architecte d’intérieur. La
plupart de mes assistants sont des femmes.»
Outre la gent féminine, il aime avec une candeur d’enfant l’Orient
dans tout ce qu’il représente: sa nonchalance, ses pensées, sa
philosophie, sa culture, son histoire, sa poésie, son romantisme
parfois déchirant. Polyglotte et amoureux des arts et des cultures
anciennes, Jean-Claude Malhamé est un vrai humaniste à la timidité
émouvante et à la séduction redoutable. Car cet homme au regard de
braise jongle avec les mots pour convaincre, pour aimer et se faire
aimer, des mots qu’il veut sucrés, perçants, percutants de
sensibilité, d’enthousiasme et de passion. Un hédoniste à l’élégance
humble et au raffinement constant.
Des débuts gratifiants
Souvent seul à la maison, son imagination travaillait beaucoup
pour compenser le manque de relation. Le désir de faire, de sortir,
d’admirer, de conquérir, de séduire, de découvrir, se concrétise à
son retour de Rome, en 1982.
Un de ses amis l’avait prié de l’aider dans la conception d’un
centre balnéaire au nord de Beyrouth. Fraîchement émoulu, il tente
sans trop de conviction de s’installer au Liban alors que la guerre
faisait rage. De fil en aiguille, ou pour être plus exact, des plans
à l’exécution, il donna une âme au projet de ce centre et en
quelques mois tous les chalets étaient vendus. Sa volubilité, sa
sincérité, ses compétences et son engagement ont tôt fait de lui
fournir plus de travail qu’il ne pouvait en abattre. En effet, les
clients très satisfaits témoignent leur affection pour ce jeune et
dynamique architecte en lui confiant des projets de décoration dans
leur villa et résidence secondaire. Petit à petit, il s’entoure
d’une équipe d’assistants architectes pour mener à bien les nombreux
chantiers au Liban, au Maghreb et dans tout le Moyen-Orient.
«Avec l’amour et le plaisir, on s’épanouit»
Son travail prend alors une expansion progressive. De nos jours,
sa réputation est internationale et nombreuses sont les personnes
qui n’osent même pas le contacter, intimidées par sa réputation. Or
tous les projets d’architecture, aussi petits soient-ils,
l’intéressent. Qu’il s’agisse d’un hôtel 5 étoiles en Libye ou d’un
petit appartement de 100m2, sa créativité et son sens du devoir
n’ont pas de frontières. Jean-Claude Malhamé est un boulimique du
travail bien fait, bien structuré: «Lorsque des gens me téléphonent,
je suis rassurant et très conciliant. Je les encourage à venir pour
qu’ils se fassent une idée précise de mon travail et qu’ils
s’imprègnent de mon atmosphère. Par ailleurs, cette rencontre me
permet de mieux cerner les clients en les questionnant sur leur
profession, leurs attentes, leurs goûts. Ils viennent généralement
avec un plan de leur habitation. Je leur propose des aménagements en
justifiant le pourquoi de telle ou telle chose. Et surtout, en leur
garantissant un montant qui n’excèdera pas le budget requis.»
Sa préoccupation majeure, c’est rendre heureux les gens qu’il
rencontre: «Avec la souffrance, on crée, on mûrit, certes, mais avec
l’amour et le plaisir, on s’épanouit… J’aime voler avec quelqu’un,
qu’il découvre qu’il a des ailes grâce à notre rencontre…»
Jean-Claude Malhamé aime la vie et la vie le lui rend bien: il a en
ce moment des dizaines de projets en cours partout dans le monde. Et
tout ce travail, c’est la reconnaissance des gens qui l’aiment, qui
le respectent, l’admirent et lui font confiance.
L’audace créative
L’architecture d’intérieur concerne les espaces à usage privé (maisons,
appartements) mais aussi les bâtiments à usage public comme les
salles de concert, les bureaux, les banques, les hôtels, les
restaurants... Pour se démarquer, le style de JCM se traduit par le
choix des matériaux qu’il utilise. Il les aime naturels comme le
bois, le cuir, le marbre, la terre, la pierre. Il explique que le
propre d’une architecture est son caractère tridimensionnel: elle ne
se livre donc que progressivement au regard. Les vues sont
partielles et successives. Alors, il favorise la transparence et la
fluidité des espaces, il intègre par-ci, par-là quelques éléments de
tendance, des nouveautés qui suggèrent l’originalité, qui offrent un
regard de surprise, de provocation ou d’admiration. Il crée un
dynamisme, des fuyantes, il cherche à disloquer l’espace pour le
rendre étonnant tout en prenant soin de son confort et sa
fonctionnalité. Son style ennoblit l’espace, le rend très
particulier en sublimant le caractère et les goûts des propriétaires
des lieux.
S’il découvre chez un client un trait de caractère discret mais qui
dévoile des possibilités, il exploite cette voie d’inspiration pour
sublimer la personne: «Si une femme est sensuelle, je fais tout pour
que sa sensualité soit célébrée…» JCM évolue dans une tradition, une
culture qui lui est propre, une créativité qui codifient son style
et qui lui donnent tout son caractère.
La clef de sa réussite
«La vie est un projet de mort, déclare JCM. Si le pire est
programmé, je n’ai plus peur de rien. Je peux savourer tout ce que
la vie m’offre. La fortune n’est pas une question de sous, mais un
moyen de vivre et de faire vivre les gens qui me sont chers.
J’espère que je vais voler à la vie plein d’instants forts, intenses,
sensuels, profonds, où je vais m’éclater avec les gens que j’aime.
Je joue avec la vie et j’adore ça.»
L’écriture est l’expression la plus vraie qui l’habite. Il peut
écrire sans limites et sans tenir compte du qu’en-dira-t-on ou de la
bienséance. Mais avant de faire une autobiographie - un projet
prématuré vu son âge -, et aussi par pudeur pour les gens qui y
seront cités, il préfère d’abord composer un livre de recueils
photographiques des plus beaux projets exécutés.
Pour connaître la clé de sa réussite, laissons à cet incroyable
séducteur le mot de la fin: «Je suis une bête de la nature, je suis
très visuel, très auditif, très sensitif… mais le regard pour moi
est primordial. J’ai un pouvoir extraordinaire d’emmagasinement de
l’image. L’image, le mouvement, les courbes, les angles, les
postures développent mon imagination et me permettent de broder
autour. C’est le réel qui enrichit mon imagination, et mon
imagination sublime le réel… Je crois, et je suis même convaincu,
que la clé de la réussite réside dans l’authenticité d’une personne.
L’authenticité est fondamentale. C’est un état dans lequel on évolue
grâce à son niveau de sensibilité, de sensualité, d’intellect et de
tout le reste… Qu’il s’agisse d’amour, d’amitié, du travail, il faut
être sincère avec soi-même… Et, bien sûr, l’amour et l’affection de
mon entourage sont essentiels pour enrichir mes sens. M’informer de
tout et de rien, parcourir le monde, rencontrer des gens, des
civilisations différentes, lire énormément, consolident mes
aptitudes dans ce métier.»
Régine Caufriez
Note de Chouf.net: Je désirais mettre une
musique pour ajouter un petit quelque chose à ce que Régine Caufriez
vient d'écrire, alors J'ai pensé à ce thème pour cette page de Ennio Morricone - Le plus
vite reconnaissable de tous les westerns de tous les temps. Film
western italien sérieux, plein d'humour, avec des images émouvantes...
-Chouf.net-